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La photo de sport

Si la photo de sport est avant tout le témoignage visuel d’un exploit sportif singulier, elle s’inscrit de plus en plus dans des codes esthétiques qui en font un genre à part entière, stimulée par l’émergence de sports photogéniques. Pour la beauté du geste !

« L’endroit où se déroule l’action, la nature même de la discipline sont des paramètres qui doivent être connus préalablement par le photographe »

 

« Les nouveaux zooms 150-600mm et autres 100-400 mm sont des choix tout indiqués pour le photographe de sport »

 

« Bien connaître le comportement de son capteur peut s’avérer précieux pour parfaire l’exposition de ses images »

Il est important de connaître la grammaire de ce qu’on considère comme une belle image sportive. Il est difficile d’y répondre de manière absolue. Une photo de sport c’est avant tout l’expression d’une performance qui matérialise à la fois une prouesse technique et physique.

C’est une action qui se déroule et dont on doit restituer l’intensité et la furtivité pour en souligner l’exploit singulier. Elle est aussi l’expression d’un effort particulier qui traduit une émotion qui peut être la démonstration d’une joie, d’une frustration, d’une douleur ou encore d’une déception. Enfin le sport se définit évidemment par un théâtre qui précise la géométrie d’un espace, la zone d’action de son sujet, les conditions de lumière, des éventuels obstacles visuels, et les possibilités de déplacement du photographe. Toutes ces considérations délimitent un ensemble de contraintes au sein duquel le photographe doit agir.

Charge à lui de faire preuve d’instinct, de précision et de dextérité pour réaliser ses clichés. Voilà pourquoi, souvent, un bon photographe de sport est avant tout un excellent connaisseur du sport qu’il photographie. Il est même parfois un excellent pratiquant !

Car de cette connaissance intime de la discipline qu’il photographie, il pourra en tirer les enseignements indispensables pour anticiper l’action et le comportement du sportif, se placer dans les meilleures conditions d’angle et de lumière pour saisir la dimension esthétique et athlétique du sport en question.

Il est donc important de savoir se placer face à l’action. Il est évident que les conditions d’accès, l’endroit (une enceinte, un parcours ou un terrain de jeu), la nature même de la discipline (course automobile ou trail en montagne) sont des paramètres qui doivent être connus préalablement par le photographe pour se placer et photographier l’événement tant ils vont influencer la prise de vue.

Il devra composer avec une lumière artificielle ou naturelle, des ombres ou des zones fortement ensoleillées, des obstacles visuels ou une météo capricieuse, des terrains poussiéreux ou instables qui sont autant d’éléments qu’il faudra intégrer au moment de parfaire la composition de son image. Ces contraintes vont également dicter des choix matériels et les possibilités techniques à sa disposition : éloignement, consignes de sécurité, lumière disponible, etc.

 

S’ÉQUIPER POUR PHOTOGRAPHIER LE SPORT

Le choix du matériel, qui s’opère en fonction des conditions de prise de vue, est crucial. Côté boîtier, un photographe de sport choisira un équipement robuste et paré contre les intempéries pour ne pas craindre une averse soudaine. Assurément cet appareil devra offrir une rafale véloce pour pouvoir enregistrer une série de plusieurs clichés aux résolutions superlatives et aux instants les plus décisifs de l’action afin d’être sûr d’avoir pu fixer le moment ultime de l’exploit.

En deçà de 8 images seconde, cela paraît aujourd’hui déraisonnable mais pas irréalisable tant le fait de bénéficier du confort d’un mode rafale survitaminé ne dédouane pas le photographe de déclencher avec raison la dite rafale. Notons les progrès considérables des boitiers modernes qui offrent désormais des rafales à 12, 14 voire 20 images secondes en autofocus continu pour les plus rapides. 

Citons dans cette catégorie les Nikon D5 et D500, l’Olympus OM-D E-M1 Mark II, Canon EOS 1D X Mark II, le Sony A9 ou encore le Panasonic G9, parmi les hérauts de la catégorie. Le photographe veillera également au capacité du buffer de son appareil. Il s’agit de la mémoire tampon qui stocke les fichiers au moment de la rafale avant de les enregistrer sur la carte. Saturée, il sera matériellement impossible de déclencher à nouveau avant que celle-ci ne se libère des informations qu’elle est en train de traiter.

Tout comme il devra se doter de cartes mémoires très rapides (classe 10) pour bénéficier de vitesse d’écriture (100 Mo/s) capable de gérer un tel flux de données en si peu de temps. Côté optique, un téléobjectif est indispensable. Le photographe est souvent loin de l’action. 

Dans cette catégorie de produits citons les récents 150-600mm et autres 100-400mm dont l’amplitude focale est assez grande pour offrir une plage d’utilisation polyvalente sur le terrain. Bien que bénéficiant d’ouverture modeste (jusqu’à f/4), la qualité d’image est au rendez-vous d’autant qu’il sera toujours possible d’activer les hauts Iso de son boîtier pour compenser le manque de lumière et gagner quelques crans de vitesse.

Pour ceux que de tels « monstres » rebutent, on peut leur conseiller d’opter pour des zooms à la portée inférieure (70-200mm f/2.8 ou f/4) que l’on montera sur un multiplicateur de focale pour tenir les valeurs les plus élevées en cas de besoin. N’omettez pas de tenir compte du facteur multiplicateur induit par le format du capteur (x1,5 ou x2) qui est aussi un moyen pragmatique pour gagner quelques millimètres. Si cette règle optique est plutôt appréciable pour démultiplier la focale de son objectif, n’omettez pas les incidences sur la profondeur de champ (plus étendue) et la nécessité de vitesse haute pour s’assurer d’une netteté parfaite à de telle focale.

Enfin la stabilisation, qu’elle soit proposée sur le capteur ou via l’objectif, permet de s’approcher des vitesses désirées par des gains pouvant aller jusqu’à 4 crans, surtout si les circonstances de la prise de vue ne permettent pas un appui stable. Enfin il peut être bénéfique d’emporter un grand angle (24 mm) voir un objectif fish-eye pour des rendus encore plus caractérisés et surprenants. En effet certaines disciplines ont vu l’engagement des photographes aller toujours plus loin, au cœur de l’action.

Prenons l’exemple de la natation où ces derniers installent désormais leurs boîtiers dans le fond de la piscine pour obtenir des images sous-marines en contre-plongée des nageurs. Ce choix d’angle et des moyens techniques ont montré la natation sous un jour nouveau et saisissant ! Tout comme l’emploi d’un grand angle dans la foulée d’un marathonien, à flanc d’une paroi d’escalade ou sur un stade permet respectivement une dynamique intéressante dans l’image, de situer l’engagement radical de l’athlète ou bien le contexte de l’événement. Ce sont désormais des éléments de narration importants et nécessaires à l’heure actuelle.

 

LA LUMIÈRE

La compréhension des conditions de lumière est déterminante : il faudra bien la jauger pour réussir vos clichés en toutes circonstances. En intérieur, il faudra composer avec une lumière artificielle produite à partir d’éclairages de type tungstène. Même si l’on peut se retrouver gêner par un spot mal placé, la lumière sera alors homogène. Dans ce cas, privilégier la mesure matricielle, une balance des blancs automatique et un enregistrement au format Raw sont une recette efficace. 

En extérieur, c’est plus compliqué. Soit la météo est stable et on n’a pas à craindre de variations de lumière trop brutales, soit elle est capricieuse et cela peut vite devenir un relatif enfer à gérer. Il faudra alors jongler entre des lumières intenses parfois voilées par un nuage, des contrastes élevés, la pluie ou un contre-jour pour réussir à exposer correctement vos clichés au moment clé de l’action. Il faudra invariablement jongler entre les modes d’exposition (matricielle, pondérée centrale ou spot) pour éviter qu’une zone sous le soleil, où démarre votre action, n’influence trop l’exposition générale de votre photo alors que le déroulement de cette dernière amène votre sujet dans l’ombre : gare à la surexposition (ou vice-versa la sous exposition). 

Un contre-jour n’est pas forcément rédhibitoire car il peut être exploité pour faire des images en ombre chinoise quand le sport que l’on photographie est assez identitaire (équitation, tennis, golf, ski, etc). Il est aussi un formidable révélateur pour montrer une pluie drue, des volutes de fumigènes ou encore la chaleur se dégageant d’un corps.

De même il faudra apprendre à tirer profit d’une lumière zénithale qui aura pour effet d’allonger les ombres afin de trouver « un sujet dans votre sujet » : l’action sportive se traduisant par ce jeu imagé d’ombres et de mouvements du corps tout aussi photogénique. Sur la neige, il vous faudra surexposé d’un 1 ou 2 IL. En effet la cellule de votre appareil numérique aura tendance à sous-exposer pour compenser la faible quantité de tons moyens et de tons foncés du fait de la prédominance des tons clairs. La neige risque alors d’apparaître grise sur votre image et non plus blanche. 

Bien connaître le comportement de son capteur peut s’avérer précieux pour compenser ce type d’aléas. Si la lumière est bonne, il peut être utile de mémoriser l’exposition sur une zone de l’image, de décadrer puis déclencher pour parfaire sa composition sans craindre une mauvaise exposition. Le fait d’opter pour le format Raw (si vous n’êtes pas contraint d’utiliser le format Jpeg pour un partage immédiat) est recommandé en pareilles circonstances car il permettra de corriger à posteriori, face à l’écran des écarts trop importants à surmonter sur le terrain !

 

TROUVER LES BONS RÉGLAGES

Parmi la pléthore des réglages disponibles, le photographe sera particulièrement attentif aux possibilités de personnalisation du système autofocus de son appareil. Le mode AF en continu est une nécessité car il permet de suivre les sujets en mouvement à condition qu’ils restent dans la zone de mise au point. On choisira le mode priorité vitesse (S ou Tv) de manière à agir directement sur cette valeur. Vous pouvez également donner la priorité au déclenchement ou à la mise au point selon votre souhait et les impératifs de la scène.

Dans le premier cas l’appareil agit dès que vous pressez le déclencheur indépendamment de la mise au point, dans le second il ne déclenchera qu’une fois la mise au point réalisée par l’AF sur le sujet. Selon les disciplines sachez que vous pouvez fixer un temps de verrouillage tout comme il est possible de grouper un plus grand nombre de collimateurs pour parfaire la mise au point et coller à un sujet qui surviendrait brutalement dans le cadre où qui se croiserait dans la scène. 

Ces manipulations déroutantes et parfois intempestives pour le débutant sont affaire d’expérience et de pratique pour qu’à l’usage le photographe affine ses réglages via les boutons personnalisés ou les molettes dédiées, sans vraiment y réfléchir, et surtout sans ôter son œil du viseur. Cette dextérité et ces reflexes sont nécessaires. Vous gardez ainsi un contrôle absolu : sur le déroulement de l’action et le moment que vous jugerez le plus opportun pour déclencher. La photo de sport est décidément un défi permanent.

L’EXPOSITION MULTIPLE

L’exposition multiple consiste à superposer plusieurs images prises à des moments différents pour n’en composer qu’une seule. De nombreux appareils proposent cette fonctionnalité dans leurs menus. Ce procédé peut être très intéressant à mettre en œuvre pour décomposer une action sportive et exprimer la technicité d’une figure. En effet le mouvement de l’athlète se retrouve décortiqué en plusieurs phases sur une seule et même image. Le mouvement apparaît alors dans son intégralité et traduit un effort dans toutes ses composantes en même temps qu’il offre un regard radicalement différent qu’une simple image fixe reflétant l’amorce ou la finalité d’une action. En photographie de sport, ce procédé technique prend tout son sens en particulier dans les disciplines dites freestyle (ski, snowboard, kite-surf, skate, etc).

 

TRÉPIED OU MONOPODE

Si le trépied est un outil précieux quand on utilise de longues focales, le photographe de sport préférera le monopode. Moins encombrant, moins lourd et offrant une mobilité plus accrue : c’est l’accessoire du photographe de sport au bord du terrain. Certains sont même équipés de patins qui assurent une meilleure stabilité au sol tout comme ils peuvent se muer en bâtons de marche en milieu accidenté comme en montagne par exemple. Citons la gamme Neotec chez Manfrotto dont le réglage des sections et les mécanismes de verrouillage 
sont précieux quand il faut aller vite. Une simple gâchette permet le déploiement du monopode « sur mesure » et se verrouille dès qu’on la lâche.

 

SIMPLES ACCESSOIRES ?

La photo de sport, surtout en extérieur, peut être soumise à toute sorte de projections qui peuvent entacher l’image finale. C’est par exemple le cas des projections de gouttes d’eau ou de poussière qui peuvent venir se coller inopinément sur la lentille frontale de votre objectif. Si l’usage d’un filtre UV permet de protéger la lentille de rayures intempestives ou de légers chocs, un petit chiffon doux et absorbant ou encore un stylo type Lenspen à portée de mains peut s’avérer précieux pour nettoyer cette dernière dans le feu de l’action. C’est rudimentaire mais terriblement efficace et peu encombrant.

ZOOM OU FOCALE FIXE

Si les focales fixes ont leurs adeptes, force est de constater que le zoom offre une plage de focale qui permet de bénéficier d’une grande polyvalence d’angle pour ses prises de vue. De plus le photographe se doit d’être sélectif car il ne peut pas toujours emporter un fourre-tout avec plusieurs optiques. Un sac photo lourd, encombrant et dispendieux peut se révéler être un véritable handicap quand il faut coller à l’action. La photo de sport se révèle être sans cesse une succession de dilemmes à résoudre et de compromis à trouver. Prenons le photographe qui doit couvrir l’arrivée d’une course au large dans un zodiac. Non seulement l’instabilité de son embarcation l’oblige à des choix radicaux mais il n’est pas aisé dans l’agitation des vagues de pouvoir changer d’objectif. Dans ce contexte un 70-200 mm f/2.8 ou f/4 est un choix pertinent.

 

 

Eduardo

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