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Ben Thouard : Au cœur de la vague

Ben Thouard photographie le monde du surf depuis plus de 15 ans. Il vient de signer Surface, un superbe premier livre, édité à compte d’auteur. Il nous livre les raisons qui l’ont poussé vers cette nouvelle aventure.

 

 

 

 

Source : Ben Thouard

«  J’aime le mouvement des vagues, leurs textures, leurs formes et leurs interactions avec la lumière » 

Ben, le surf on peut dire que tu es tombé dedans dès ton plus jeune âge ?

J’ai grandi à Toulon. Mon père faisait de la voile et mes frères étaient fondus de surf. Tous les jours je voyais la mer. Notre vie était tournée vers cet environnement. J’étais fasciné. Je faisais évidemment du surf. Quand j’ai récupéré un vieux Canon F-1, je me suis logiquement mis à photographier la mer et le surf. Mes potes étaient surfeurs. J’ai donc commencé à les shooter et puis cela s’est enchaîné, naturellement.

Et comment devient-on un des photographes les plus respectés de la discipline dans le monde ?

À force de passion… À 18 ans je monte à Paris pour suivre une formation chez ICART Photo. Paris est une superbe ville, mais la mer me manquait. J’étais en plein spleen, j’avais perdu mes repères. C’était difficile quand j’entends parler de Mauï comme la Mecque incontournable du surf et du windsurf. L’année de mes 19 ans, je prends un billet pour Hawaï et j’y passe trois mois. 

C’était fantastique car c’était là où tout se passait dans la glisse. Je rencontre des pros, des directeurs de marques grâce à Bernard Biancotto qui était le photographe attitré du cultissime Wind Magazine en France. Je lui dois beaucoup. C’est lui qui m’as mis le pied à l’étrier. Il m’a pris comme assistant et pendant plusieurs années j’ai navigué entre le Pacifique et la France six mois par an. L’aventure était lancée et je n’allais plus quitter cette famille. J’ai totalement épousé ce mode de vie fait de voyages, de rencontres, de quêtes et de défis sportifs.

Tu as vite trouvé ta place ?

Oui les connexions se sont faites rapidement mais ce n’était pas facile non plus. Mais mon engagement était total et sincèrement passionné. J’ai commencé à partir en trip avec des pros, à découvrir des spots mythiques et des vagues magnifiques. Je n’arrêtais pas de shooter. Et puis j’ai découvert Tahiti grâce à mon ami windsurfer Baptiste Gossein et la vague de Teahupoo. Je n’avais plus envie de repartir. Je me suis posé et j’y vis aujourd’hui.

Tu as d’ailleurs une très belle anecdote sur Teahupoo…

Effectivement, je me suis fait surprendre par une grosse vague alors que je shootais d’un jetski. Elle m’a renversé et j’ai perdu tout mon matos. J’étais désemparé et incapable de me rééquiper quand un copain me parle de crowdfunding. Il a monté une campagne qui a eu des échos jusque chez Canon. Ils se sont emparés de l’histoire ; j’ai pu retourner à l’eau trois mois plus tard avec du matériel tout neuf.  Cette solidarité m’a beaucoup touché et surtout m’a permis de continuer à faire ce que j’aimais.

Ton approche de la photo de surf est très physique ?

Il y a différentes façons de photographier le surf, mais j’aime être au contact, dans l’eau. Je photographie ces athlètes au milieu des vagues en nageant. Je suis là avec eux et avec mon caisson. Le fait que je pratique ce sport me permet d’être à l’aise et de savoir me placer ou anticiper les figures pour obtenir des angles très intéressants ou inédits. Je suis en prise directe, au ras de la vague, j’aime ça. Et quelque part c’était ma manière de lutter contre la frustration de ne pas pouvoir surfer librement. Photographier ou surfer il faut choisir !

Côté matériel, tu utilises quoi ?

Je possède deux EOS 1DX Mark II car il n’y a pas mieux pour moi en photo de sport, un caisson Aquatech et plusieurs objectifs : du grand-angle au téléobjectif (70 200m f/2.8 en série L) en passant par le fish-eye. Je suis en mode manuel pour avoir un contrôle absolu sur la scène que je veux photographier. L’usage d’un caisson nécessite de bien maîtriser les angles de cadrage, son placement dans la vague et par rapport au surfeur. 

Parles-nous de Surface, ton premier livre en tant qu’auteur et qui est à contre courant de ton quotidien ?

C’est un projet très personnel auquel je pense depuis plusieurs années et qui se matérialise en 2018. Les vagues me fascinent. Elles ne sont jamais les mêmes. Je les contemple depuis si longtemps. J’aime ce mouvement, leur texture, leur forme et leur interaction avec la lumière. Mais ce n’est pas forcément les codes esthétiques utilisés dans la presse spécialisée.

Pourtant c’est un vrai sujet photographique, pur. J’ai donc décidé de faire un livre pour m’émanciper et évoquer une vision très intime et absolument libre de l’océan. C’est un enjeu important pour moi car je tente à travers ces images de montrer et d’expliquer mon rapport à l’océan, pourquoi aujourd’hui ma vie s’organise en fonction de lui.

Je voulais exprimer toute la quintessence de ce mode de vie qui est intimement liée à cette magie naturelle. Je veux capter cette énergie, évoquer la puissance de ces vagues et en même temps en souligner leurs beautés éphémères à travers différents aspects jamais vus par le public. Mon livre n’est pas un recueil de spots où de vagues célèbres ; et il y a très peu d’images de surf au sens classique. Ce livre en explore la face cachée. C’est plus subtil et c’est une véritable écriture d’auteur, décalée, qui montre une autre facette.

C’est le point de vue le plus personnel que j’ai jamais porté sur le surf. Il montre les vagues qui déferlent partout sur la planète. Il n’y a pas de noms, certaines ne présentent aucuns intérêts pour le surfeur sportif. De même ce livre ne s’inscrit pas directement dans une démarche militante de protection des océans. Je n’étais pas à l’aise avec ça, et mon travail auprès de Project 0 est assez significatif de ce point de vue.

C’est plus subliminal même si la beauté de ces monstres évoque inévitablement leur fragilité dans une société moderne extrêmement dévastatrice. C’est une deuxième lecture qu’on peut avoir. Dans ce projet mon engagement a été total à tous les niveaux : physiquement, artistiquement et financièrement. Ce livre est donc un témoignage très personnel, à contre courant et j’y montre des vagues majestueuses qui me subjuguent et m’émeuvent. Sa réalisation est guidée par l’émotion et la beauté innée de ces montagnes d’eau.

Tu édites à compte d’auteur. Pourquoi ?

Je vis à Tahiti et mon métier est rythmé par les prévisions météorologiques, les compétitions ou les trips. Mon mode de vie me semblait incompatible avec une édition classique. Je voulais insuffler autre chose avec ce livre. Des contacts sérieux ont existé avec de grandes maisons d’édition, mais j’aspirais à avoir la maîtrise totale de cet ouvrage. Dans ce contexte il m’a semblé que l’auto-édition était la meilleure voie. J’ai pu prendre mon temps, mûrir mon propos et la forme.

Ce livre est aussi un travail d’artisan. Aujourd’hui je vends de plus en plus de tirages via mon site (www.benthouard.com) si bien que cela m’incite à réfléchir à d’autres moyens pour promouvoir mon travail et mon regard d’auteur. De fait je me sens concerné par tous les aspects de ce projet. Mon livre sera imprimé par les imprimeries Escourbiac qui gèreront l’expédition depuis la France. C’était important et rassurant pour moi. Enfin mes sponsors historiques m’ont fait le plaisir de me suivre dans cette démarche. Tout cela a rendu possible ce pari et préserver la vision originelle de ce projet. J’en suis très heureux et très reconnaissant aussi.

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Le mouvement aquatique semble être inspirant ?

En tout cas il m’a donné envie de faire ce livre, de me jeter un peu dans le vide et de devenir mon propre éditeur. C’est aussi un témoignage qui évoque un jeu qui remonte à l’enfance. Mon métier de photographe est basé sur l’observation de la lumière et de son interaction. Lorsque cette alchimie opère, cela déclenche une sensation qui te prend aux tripes et t’amène à te poser certaines questions. Comment photographier ce que je ressens et ce que je vois. Ça te pousse à te réinventer et à trouver des angles et des points de vue différents. Par exemple cette transparence qui selon où on choisit de se placer par rapport à la houle devient un véritable sujet artistique. Ces images reflètent cet état d’esprit. Ce questionnement me semble sans fin comme la quête inachevée du surfeur à la recherche de la vague parfaite.

SURFACE PAR BEN THOUARD
30×25 cm, 184 PAGES

Surface est une œuvre vraiment à part. Tout au long de ses 184 pages le photographe Ben Thouard nous montre la face cachée de ces murs liquides fascinants qui déchirent l’horizon des océans. Pour le néophyte qui regarde ces vagues s’élever puis s’écraser dans un tumulte d’écume, leur découverte est un spectacle vibrant et imaginaire. Tellement insoupçonnable ! Grâce à des angles inédits et des compositions extraordinaires, il découvre la beauté inattendue qui nimbe la houle. Elle se pare de textures translucides, de mouvements évanescents, de circonvolutions impétueuses où s’évaporent mille éclats de diamants. Assurément Ben Thouard aime l’océan et nous le fait aimer. Ce livre d’auteur est tout simplement magnifique et incontournable !

Rodolphe Depuis plus de 15 ans j’aime la photographie et tout ce qui l’entoure. Je suis aujourd’hui rédateur chez Phox Blog ! Checkez mes autres articles en clicant sur mon nom !

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