Technique : La vitesse d’obturation

La vitesse est une donnée technique fondamentale de la prise de vue. Elle est aussi un élément à part entière pour créer des images aux rendus créatifs et suggestifs. 

Photo : niromaks

Une vitesse lente (25 s) a permis de photographier le passage d’une voiture dans la nuit, au cœur de la ville, en fixant uniquement le rayon lumineux de ses phares qui suggère le passage du véhicule. Un classique du genre !

Photo : Bence Mate

Primée en 2017 lors du Festival International de la Photographie Animalière et de Nature de Montier-en-der, cette image étonnante intitulée «walk on the water» montre les résultats spectaculaires obtenus avec des vitesses très rapides (1/1600 s) pour figer un mouvement furtif.

Photo : Jean-Joaquim Crassous

Le choix d’une vitesse très lente (30s) et de hauts Isos (6400) a permis de capturer merveilleusement le scintillement des étoiles dans la nuit noire.

Photo : Jacky Ley

Un exemple parfait de filé.

« La vitesse d’obturation s’apparente donc à un temps de pose durant lequel une quantité de lumière vient illuminer le capteur entre le moment où l’obturateur s’ouvre et se referme »

« À de telles vitesses, l’emploi d’un bon trépied et d’une télécommande sont recommandés pour réaliser votre photographie sans recourir à une montée en Iso excessive » 

L’appareil photo est équipé d’un obturateur. Ce mécanisme contrôle la quantité de lumière indispensable à la formation d’une image bien exposée. Au repos cet obturateur est fermé. Lorsque vous appuyez sur le déclencheur, celui-ci s’ouvre et laisse passer une certaine quantité de lumière, puis se referme.

La vitesse d’obturation s’apparente donc à un temps de pose durant lequel une quantité de lumière vient illuminer le capteur entre le moment où l’obturateur s’ouvre et se referme sur ce dernier.

Ce temps s’exprime jusqu’au millième de seconde (1/8000s pour les appareils photo professionnels) et se divise généralement en des valeurs normalisées : 1/4000s, 1/2000s, 1/1000s, 1/500s, 1/250s, 1/125s, 1/60s, 1/30s, 1/15s, 1/8s, 1/4s, 1/2s, 1s, 2s, 4s, 8s, 15s, 30s).

Au-delà d’un temps de pose de 30 secondes, le photographe devra avoir recours à la pose B ou la pose T (voir encadré).

Il existe une relation de cause à effet entre la vitesse d’obturation choisie et la quantité de lumière : au 1/500s il y a deux fois moins de lumière qui « passe » que si vous avez réglé votre appareil au 1/200s. Les plus érudits auront compris que la vitesse d’obturation est intimement liée à l’ouverture et agit de manière concomitante sur l’exposition.

Aussi faut-il veiller à ce que la vitesse d’obturation choisie soit conforme au sujet et à ce qu’on veut restituer visuellement, mais également aux conditions de prise de vue pour avoir une exposition juste et adéquate.

Concrètement cela veut dire qu’en conditions de lumière intense, la vitesse sera élevée pour réduire cette quantité de lumière et éviter une surexposition et inversement en conditions de lumières basses, il vous faudra utiliser une vitesse lente pour laisser passer suffisamment de lumière sans craindre une sous-exposition. 

Régler la vitesse d’obturation

Le réglage de la vitesse d’obturation s’opère de différentes manières. Elle est plus ou moins personnalisable via les modes P, S, A, M indiqués sur le sélecteur de modes de votre appareil. Le mode S ou Tv (Speed ou Time Value en anglais) est le mode priorité à la vitesse.

En sélectionnant ce mode, vous choisissez vous-même la vitesse, et votre appareil fixe automatiquement le choix de l’ouverture (à une valeur Iso donnée) correspondante à la vitesse que vous lui avez indiquée et aux conditions de la scène à photographier.

En mode manuel (M) il vous appartient exclusivement de fixer l’ensemble des paramètres de vitesse, d’ouverture et de sensibilité avant de déclencher.

Enfin en mode P (Programme), l’appareil fixe par lui-même l’ensemble de ces paramètres en fonction du mode programme choisi (portrait, paysage, nuit, etc) et des conditions de prise de vue.

Trouver la bonne vitesse

L’usage d’une vitesse rapide est logique pour fixer le mouvement de son sujet. Le 1/500 de seconde est une valeur sécurisante dans de nombreuses situations de prise de vue.

Néanmoins vous devez adapter ce réglage et ne pas hésiter à utiliser des vitesses plus rapides encore en fonction de votre sujet. Certains oiseaux (les colibris par exemple) ou les courses automobiles peuvent nécessiter l’emploi de vitesses à partir du 1/4000 de seconde pour obtenir une image nette.

Vous devez aussi penser à analyser la lumière disponible, la focale utilisée, l’ouverture et la profondeur de champ pour obtenir la vitesse nécessaire et une bonne exposition.

Parfois la lumière est insuffisante pour obtenir une vitesse élevée ; les appareils modernes, désormais performants en haute sensibilité, permettent de gagner quelques vitesses, en poussant les Iso.

Attention néanmoins à la montée du bruit. Ce couple modifie également l’ouverture. Ce qui peut réduire la profondeur de champ et la zone de netteté dans laquelle se trouve votre sujet.

De même l’emploi d’un téléobjectif comme un 500 mm impose une règle de sécurité bien connue des photographes aguerris qui consiste à régler la vitesse au minimum de l’inverse de la focale utilisée.

Dans notre exemple un 500 mm nécessitera une vitesse minimale au 1/500 de seconde pour s’assurer d’un cliché parfaitement net.

Vitesse lente et effets créatifs

Le choix d’une vitesse lente est souvent conditionné par des basses lumières qui nécessitent un temps de pose plus long pour éviter, d’une part, une sous-exposition rédhibitoire, ou d’autre part, un flou de bougé qui ne serait pas désiré par le photographe.

À de telles vitesses, l’emploi d’un bon trépied et d’une télécommande sont recommandés pour réaliser votre cliché sans recourir à une montée en Iso excessive. Les amateurs de photo de paysage utilisent souvent ce stratagème pour obtenir un effet créatif.

En privilégiant une vitesse lente (1/15s voir le 1/4s) il permet au photographe de rendre nets certains plans ou éléments de l’image comme un rocher au milieu d’un torrent ou encore un personnage (immobile) juché sur sa rive pour créer un effet cotonneux du meilleur effet pour simuler le débit de l’eau qui s’écoule autour de ces éléments structurants du cliché et qui ne peut pas être rendu net du fait d’une vitesse d’obturation trop lente.

Ce mélange volontaire de flou et de net dans l’image est du meilleur effet et donne une toute autre dimension artistique à votre image. Il offre une réelle dynamique visuelle et évoque, par ce flou maîtrisé, la notion de mouvement.

À noter si la lumière sur la scène à photographier est vraiment soutenue, il est courant de monter un filtre à densité neutre (ND) pour atténuer son intensité et obtenir une vitesse lente même en pleine journée sous un soleil éclatant.

En guise de conclusion, sachez que le choix d’une vitesse d’obturation s’opère en fonction du sujet, de son mouvement et des conditions de lumière. Si ces dernières sont encore vives, l’emploi d’une vitesse élevée permettra de figer aisément le sujet.

Dans le cas contraire, il va falloir privilégier une vitesse lente pour laisser suffisamment entrer de lumière et obtenir le même résultat; tout comme l’emploi de telles vitesses peut-être un artifice créatif génial pour suggérer l’action ou le mouvement à travers un joli flou de bougé dans les plans de l’image.

LA POSE B OU T

Certains sujets photo nécessitent l’emploi de vitesses très lentes, au-delà de 30 secondes. Citons la photo astronomique ou les aurores boréales entre autre. Pour fixer le scintillement des étoiles ou l’évanescence colorée d’une aurore, le photographe utilisera la pose B ou la pose T.

La première permet à l’obturateur de rester ouvert tant que le photographe reste le doigt appuyé sur le déclencheur ; dans la seconde, l’obturateur s’ouvre quand le photographe appuie sur le déclencheur puis se referme dès qu’il appuie une seconde fois.

Ainsi le photographe peut faire poser plusieurs minutes pour capturer les infimes rayons lumineux émis par les étoiles pour les restituer dans un cliché à l’effet saisissant. Evidemment, l’emploi d’un trépied est indispensable.

10 IDÉES DE SUJETS POUR S’INITIER À LA POSE LONGUE

– Les cascades 

– Les manèges 

– Les bords de mer 

– Le trafic routier  

– Les feux d’artifice 

– Les torrents ou les rivières 

– La course des nuages 

– Les orages…

– Les sports mécaniques

– Les ciels étoilés

LE FILÉ : UNE TECHNIQUE À PART ENTIÈRE

Il s’agit d’une technique très répandue dans la photographie de sports mécaniques pour symboliser la vitesse des bolides.

Le secret réside dans le choix d’une vitesse relativement lente (1/100s), d’opter pour le mode d’autofocus avec mise au point en continu tout en privilégiant une ouverture moyenne (f/11) pour bénéficier d’une profondeur de champ étendue quitte à monter en Iso pour obtenir ce couple vitesse/ouverture.

Surtout pensez à désactiver la stabilisation. Il suffit alors de faire le point en avant du sujet et d’accompagner le déplacement de ce dernier dans un mouvement fluide.

Vous découvrirez alors que la voiture est nette tandis que tout autour un joli flou directionnel suggère la vitesse du bolide. Ne vous découragez pas, le filé est une technique qui requiert de l’entraînement et de l’expérience.

Multipliez les essais pour trouver instinctivement les meilleurs réglages et la fluidité nécessaire pour réussir vos photos en filé.

À propos de la stabilisation

La stabilisation qu’elle soit optique ou sur le capteur est un atout précieux pour le photographe. De plus en plus généralisé sur 5 axes, elle permet de gagner quelques vitesses (4 à 5 selon les constructeurs).

C’est en effet une technologie efficace. Là où le photographe aurait besoin d’une vitesse au 1/100s, il peut grâce à la stabilisation s’employer au 1/60s et réussir sa photo en basses lumières à mains levées.

Sachez que sur un trépied il est déconseillé d’activer la stabilisation dont les imperceptibles tremblements du mécanisme peuvent générer un flou de bougé par vibration, surtout sur un trépied en carbone.

Laisser un commentaire